Aller au contenu principal
musée de l'imprimerie et de la communication graphique musée de l'imprimerie et de la communication graphique
musée de l'imprimerie et de la communication graphique
Revenir à l'accueil
Groupes scolaires

Provenance : enquête sur les étiquettes, marques et inscriptions

Le travail de recherche sur les collections du musée est au cœur de nos missions en coulisses. Le ministère de la Culture a récemment publié des préconisations destinés à tou⸱tes les professionnel⸱les des musées qui effectuent des recherches sur la provenance des œuvres. Parmi elles, l'analyse des marques, inscriptions, estampilles et autres étiquettes apportent des réponses sur les origines des collections. Le musée conserve un important fonds de livres depuis son ouverture en 1964. Il n'est pas rare de découvrir des ex-libris dans les volumes, étiquettes gravées, collées ou simples inscriptions manuscrites, indiquant le nom d'un ancien propriétaire, mais aussi des estampilles de bibliothèques. 

Depuis plusieurs années, de nombreux musées s’engagent dans la recherche des provenances de leurs objets. Au niveau national, plusieurs missions ont été lancées, notamment pour les biens spoliés entre 1933 et 1945. 
Ce travail donne lieu à diverses recherches et en premier lieu dans les documents ressources, relatifs aux entrées, gestion, inventaire, reproduction, et restauration des œuvres conservés dans les établissements patrimoniaux.
Les sources étudiées vont des biens culturels eux-mêmes (ainsi que leurs étiquettes, marques et emballages) aux anciens registres d’inventaire, en passant par la correspondance des marchands ou les procès verbaux de ventes publiques. 
 

Les ex-libris

Les ex-libris sont des étiquettes, ou des inscriptions laissées par le ou la propriétaire d’un livre, souvent en deuxième de couverture ou sur la page de titre. On en retrouve de multiples sortes. Cela peut-être le nom de la personne, ses armoiries, une devise, une image ou simplement une inscription : « ce livre a appartenu à » en français ou en latin. Il existe des répertoires, notamment la base de données AFCEL (association française pour la connaissance de l’ex-libris) ou encore la base de données des marques de collection Lugt qui aident les chercheur⸱euses à identifier le nom du ou de la propriétaire. 
Le musée a un important fonds de livre, de 1450 à nos jours. L’inventaire et l’analyse de ces objets révèlent parfois un ex-libris. Le musée conserve des ouvrages qui sont passés par les bibliothèques de nombreuses personnes avant lui. Il est ainsi possible de retracer le parcours de l’objet et d’identifier les précédents propriétaires. 

Le parcours d’un objet : l'inventaire 72

Les marques d’imprimeur, ex-libris, estampilles de bibliothèque et autre étiquettes, mais aussi les archives du musée nous permettent de retracer les parcours de certains objets de leur fabrication à leur entrée au musée. Une enquête à la recherche des provenances de nos œuvres, et de l’histoire de celleux qui les ont touchées, lues, étudiées et possédées. 

A cet égard, l’inventaire 72 est riche de traces de son parcours dans les bibliothèques européennes. Sorti de l’atelier d’imprimeur de Jean I Pillehotte à Lyon en 1604 ce traité démonologie rédigé par Martin Delrio est passé dans de nombreuses mains avant d’arriver au musée. 

On retrouve sur la deuxième de couverture l’ex-libris gravé aux armes Jean Bigot, homme de loi et bibliophile du 17e siècle. Il fut conseiller au Parlement de Normandie et réunit une bibliothèque de plus de 6000 volumes, composée de manuscrits et de livres puisés dans les bibliothèques monastiques, qui, au commencement du 17e siècle étaient à l’abandon. Nous pouvons donc faire l’hypothèse que ce traité de démonologie rédigé par Martin Del Rio, théologien, juge et inquisiteur, vient d’une de ces bibliothèques normandes. Il fait partie des référence utilisées lors des procès en sorcellerie. Il n’est donc pas étonnant de le voir apparaître dans la bibliothèque d’un homme de loi du début de ce siècle.

L’estampille bleue en forme de mandorle montre qu’il a ensuite été conservé dans une bibliothèque de la ville de Louvain. Les archives du musée nous apprennent que Maurice Audin, fondateur du musée, l’a acquis à la librairie Thiebaud à Paris en janvier 1959. 

Ce même Maurice Audin a appliqué sur la deuxième de couverture une petite étiquette ronde avec le numéro d’inventaire. Nous pouvons ainsi reconnaître immédiatement un livre s’il a du tout premier fonds de l’établissement. Enfin, à droite de la page de titre, nous pouvons voir l’estampille du musée de l’imprimerie. 
 

inventaire 72
inventaire 72

 

Derrière une estampille de bibliothèque publique, l’histoire d’un livre sauvé 

Les marques de provenance peuvent être des estampilles de bibliothèque publique, tampon posé sur le livre lors de son entrée dans le fonds de l’établissement. Parfois, derrière cette marque se cache une histoire rocambolesque.

Le livre des œuvres d’Ausone [2025.9.14], publié en 1558 par l’imprimeur-libraire lyonnais Jean de Tournes, semble avoir échappé par deux fois à la destruction.
En effet, l’estampille sur la page de titre nous apprend que le livre faisait partie de la bibliothèque du Tribunat. Le tribunat était un corps politique établi par la constitution du 13 décembre 1799 qui avait pour fonction de faire discuter les projets de loi par ses orateurs, contradictoirement avec ceux du gouvernement.
Supprimé sous Napoléon Ier en 1807, le fonds de la Bibliothèque du Tribunat fut versé à la Bibliothèque du Louvre, anéantie sous la « Commune » par les incendies de mai 1871. Des doubles étaient passés à la Bibliothèque du Conseil d'État, elle aussi complètement détruite à cette date.

Ainsi, sorti du fonds de la bibliothèque du Tribunat avant 1807, ce livre a échappé à deux incendies et se retrouve dans le fonds du général Antoine, collectionneur au tournant du 20e siècle.
Sa famille a fait don au musée de toute sa bibliothèque en 2025. 
 

Le livre des œuvres d’Ausone